Compte rendu de la formation EFT à Port-Au-Prince

Une mission de formation  à l'EFT s'est tenue à Port-au-Prince du 2 au 9 mars 2011. C'est près de 300 personnes qui ont ainsi été initiées à cette technique de psychologie énergétique par notre intervenant bénévole Jean-Michel Gurret, thérapeute et formateur à la Technique de Libération Emotionnelle, très efficace dans le traitement du Syndrome de Stress Post Traumatique (SSPT). 

Notre premier contact avec la population a clairement mis en évidence la nécessité d’aborder ce peuple en grande souffrance par une approche thérapeutique capable d’agir sur la détresse émotionnelle. C’est ce que nous a confirmé le besoin exprimé par de nombreux participants de la formation, la journée consacrée aux consultations que Jean-Michel et moi avions dues improviser à leur demande.

Le séisme du 12 janvier 2010 ne fût qu’une reviviscence de blessures installées dans la chair et l’âme et l'histoire du peuple haïtien majoritairement endeuillés par la mort d’un père, d’une mère, d’un frère ou d’une sœur bien avant cette catastrophe comme en témoigne les propos glanés aux détours de nos consultations respectives : « …être vivant est indigne… on se sent toujours imprégnés d’un fort sentiment de honte… je n’ai pas eu la chance de vivre le séisme du 12 janvier comme mes frères… ma maman est partie lorsque j’avais 8 ans et j’aurais voulu la retrouver durant le séisme… j’ai essayé de m’étouffer avec mon tee-shirt lorsque j’étais sous les décombres… »

Déjà, le lendemain de notre arrivée alors que nous traversions la ville pour nous rendre sur le lieu de la formation, nous avions été frappés par les regards de réserve hostile des personnes que nous croisions. Des regards vides, comme si ces corps se mouvaient sans qu’il n’y ait d’humanité à l’intérieur qui puisse confirmer qu’il s’agit d’êtres vivants.
L’agressivité est palpable, et aucune tentative de sourire ne suscite une animation quelconque derrière ces regards emmurés. Nous éprouvons un malaise teinté d’une certaine appréhension. Probablement la répétition incessante de souffrances avait-elle due éloigner ces personnes de leur ressenti émotionnel pour leur permettre de continuer à avancer. Fort à parier qu’en conséquence, la moindre altercation peut engendrer des dérives de violence incontrôlée comme nous l’ont confirmé des psychologues locaux, et comme nous le laissent entrevoir des machettes plantées dans des troncs décapités et chancelant, les gardes armés qui surveillent banques, bâtiments intacts ou dévastés par le séisme, et partout dans la ville, la présence des casques bleus qui révoltent des intellectuels haïtiens dénonçant leur présence dans leur pays qui n’est pas en guerre, et dans lequel la majorité des personnes vivent dans le dénuement le plus complet, alors que selon leur dires, 70% des dons parvenus dans le pays après le séisme  sont alloués à leurs salaires  et peut-être aux frais de fonctionnement de grandes ONG que nous croisons dans des pick- up flambants neufs !
 

Le décor est planté, et la formation peut commencer dans cette enclave protégée et privilégiée dans laquelle les responsables des 300 séminaristes, Harold Durosier et Clark De La Cruz nous accueillent. Le choix d’un grand chapiteau aéré est retenu pour le déroulement du séminaire. Pas seulement par commodité. Les esprits sont encore très marqués par le séisme et il est difficile voire impossible pour certains d’entre eux, de demeurer longuement à l’intérieur d’une pièce bétonnée. Nous l’apprendrons plus tard, c’est aussi la raison pour laquelle des tentes sont dressées non loin de là pour leur servir d’hébergement. Deux jours avant notre arrivée, une petite réplique avait donnée lieu à des scènes de panique chez les séminaristes : « ils criaient, ils se bousculaient, certains mêmes se sont battus… » nous a confié le père Harold. Nous constaterons plus tard par nous même cette empreinte traumatique lorsqu’un avion survole le site. Les séminaristes émettent alors à l’unisson un sifflement de terreur tandis que leurs épaules et leur tête maintenue entre leurs mains effectuent un mouvement de repli. Jean-Michel les incite à tapoter sur le point d’urgence.  

Le début de la formation est fortement teintée d’une retenue marquée. Les échanges que Jean-Michel tente d’établir ne trouvent à priori pas d’écho. Mais à la pause, cette impression est totalement modifiée et nous nous retrouvons tous les deux assaillis par des participants qui viennent nous poser les questions qu’ils n’osaient pas poser en dépit des sollicitations faites dans ce sens. Je note leurs questions sur une feuille et chaque reprise de séance permet d’en faire profiter tout le groupe dont l’intérêt grandit rapidement suite aux démonstrations effectuées sur les participants, spontanément désignés…. par leur responsable dans un premier temps!

L’intérêt thérapeutique est vif, même si au début, nous avions été accueillis par les étudiants comme la énième équipe de thérapeutes qui leur a permis de verbaliser leur vécu respectif du séisme. Se raconter une fois de plus dans un environnement douloureux où il est de règle de se montrer très pudique face à sa souffrance toujours moins vive que c’elle d’un autre !

L’EFT change vite leur ressenti des choses. Cette technique qui s’appuie sur l’énergie dans notre corps, rendue visible par une démonstration dans laquelle Jean-Michel leur demande de se tenir tous par la main tandis que deux d’entre-eux tiennent une petite boule qui s’allume lorsque que cette ronde humaine est maintenue et qui cesse d’être alimentée en électricité lorsque l’un des maillons se rompt ! 

L’intérêt est capté, la confiance s’installe. Des sourires commencent à faire écho au mien, des regards appuyés, des signes d’approbation. Nous nous sentons rapidement imprégnés par cette chaleur humaine dont l’intensité ne cessera de croître. Les langues se délient. Les émotions sont plus difficiles à émerger chez ce peuple que la souffrance a rendu pudique. Mais la magie EFT opère. Trois jours plus tard, nous entendons des séminaristes raconter de manière très intime à leurs compagnons avec qui et devant qui ils n’osaient pas s’exprimer, leur séisme à eux, la perte de leurs défunts, partager leur tristesse, évoquer leurs peines, leurs blessures dans leur chair. Je m’en étonne, et ils me confirment que cela leur était impossible avant.

Ce même soir, nous serons appelés dans la ronde de leur carnaval bruyant, festif, amical et traditionnel pour à notre tour danser une danse de chez nous !

 

 

 

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